Travers · 1711–1986 · Patrimoine industriel
L’asphalte du Val-de-Travers, trois siècles d’histoire.
De la découverte d’un gisement naturel aux routes des grandes villes, puis aux galeries de La Presta devenues patrimoine vivant.

L’asphalte est l’une des grandes histoires du Val-de-Travers. Bien avant que les routes modernes ne soient couvertes de revêtements industriels, une roche rare, chargée de bitume naturel, faisait travailler des générations de mineurs. Son exploitation a relié Travers, ses villages et ses savoir-faire au marché international.
Parcourir les neuf chapitres de cette histoire
Un asphalte naturel, formé dans la roche
Dans le sous-sol jurassien, certains bancs de calcaire sont imprégnés de bitume naturel. Ce mélange minéral n’est pas simplement le goudron que l’on imagine en regardant une route actuelle : il s’agit d’une roche extraite puis transformée pour répondre aux besoins d’étanchéité et de construction.
Avant de servir largement aux revêtements urbains, les matières bitumineuses ont été utilisées pour imperméabiliser des ouvrages, protéger le bois ou calfater des embarcations. Des usages médicinaux leur ont aussi été prêtés dans l’histoire : cela renseigne sur les croyances et pratiques de l’époque, sans constituer une recommandation thérapeutique.
1711 : Eirini d’Eyrinys reconnaît le gisement
En 1711, le médecin et prospecteur grec Eirini d’Eyrinys identifie des gisements bitumineux dans le Val-de-Travers. Il s’intéresse d’abord à leurs propriétés supposées et contribue à diffuser des connaissances sur cette matière dans sa « Dissertation sur l’asphalte ou ciment naturel ».
L’exploitation commence au début du XVIIIe siècle, d’abord à ciel ouvert, sur la rive gauche de l’Areuse, notamment dans le secteur du Bois de Croix et de la Combe-Vaubayon. La date de départ varie légèrement selon les sources : le site des mines retient 1712, tandis que le Dictionnaire historique de la Suisse parle d’un début vers 1714.

De la Combe-Vaubayon à La Presta
Il faut distinguer les premiers lieux d’extraction du site de La Presta, qui donne aujourd’hui son nom aux mines visitables. Le développement du gisement de La Presta, sur l’autre versant de la vallée, intervient au XIXe siècle. Les archives ne permettent pas d’en fixer une année de commencement unanimement admise ; les travaux historiques situent la transition autour de 1830.
Ce déplacement n’est pas une simple question de géographie. Il accompagne le passage d’une activité d’extraction relativement artisanale vers une entreprise mieux organisée, avec ses accès, ses bâtiments, ses machines, ses transports et sa main-d’œuvre.

Au XIXe siècle, le Vallon devient une terre de mineurs
Avec l’augmentation de la demande, l’extraction gagne les galeries souterraines. Les blocs sont détachés de la roche, chargés dans des wagonnets et acheminés au jour. Hommes, chevaux, rails et, plus tard, engins mécaniques composent un monde de travail très éloigné de l’image paisible que l’on se fait parfois du Vallon.
En 1873, la Neuchâtel Asphalte Company Ltd., société anglaise, reprend les mines. Cette date marque aussi, dans le Dictionnaire historique de la Suisse, l’essor de l’exploitation souterraine. Vers 1960, l’entreprise passe dans le groupe britannique Tarmac. L’exploitation se déploie ainsi au rythme des techniques et des marchés internationaux.

Comment transformait-on cette pierre en asphalte ?
Le minerai n’était pas simplement coulé tel quel sur une chaussée. Selon les procédés et les époques, le calcaire bitumineux était concassé, réduit en poudre et chauffé afin d’obtenir une matière apte aux travaux de construction et d’étanchéité. Une partie de la production prenait la forme de pains moulés, faciles à transporter et à utiliser.
La chaîne de fabrication mobilisait bien plus que des mineurs : entretien des galeries, transport, mécanique, préparation du matériau et débouchés commerciaux reliaient les mines aux autres métiers de la région. C’est aussi cette histoire technique et économique que racontent les anciennes installations.

De Travers aux villes d’Europe et d’Amérique
La valeur de l’asphalte naturel ne se limitait pas au canton de Neuchâtel. Le Dictionnaire historique de la Suisse atteste son exportation dans toute l’Europe et jusqu’aux États-Unis. À mesure que les villes aménageaient trottoirs, ponts et chaussées, le bitume naturel trouvait de nouveaux débouchés.
Cette circulation mondiale explique l’importance du gisement pour une vallée jurassienne : des matériaux sortis de ses galeries étaient intégrés à une économie du génie civil qui dépassait largement ses frontières. L’histoire de La Presta appartient donc autant au patrimoine local qu’à celui de l’industrialisation.

La vie des mineurs et le jambon de Sainte-Barbe
Il faut aussi raconter les hommes derrière les tonnages. Le travail souterrain nécessitait de déplacer la roche, de circuler dans des galeries et d’entretenir en permanence des installations contraignantes. Le dernier cheval employé dans la mine aurait quitté l’exploitation en 1973, signe d’une mécanisation progressive.
Le 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe, les mineurs partageaient traditionnellement un repas. Le jambon « cuit dans l’asphalte » est associé à cette mémoire. La viande est soigneusement enveloppée avant d’être plongée dans la masse chaude : elle n’est pas en contact direct avec le bitume. La tradition, reprise au XXe siècle, se retrouve aujourd’hui au Café des Mines.
1986 : la fin de la production, puis une nouvelle vie
L’extraction prend définitivement fin en 1986. Les changements de marché et la teneur du minerai avaient progressivement fragilisé la rentabilité de cette activité. Mais les galeries ne disparaissent pas : dès 1987, un projet de visite touristique et culturelle permet de transmettre l’histoire du site.
Au XXIe siècle, la reconversion se poursuit : Jardin des Mineurs inauguré en 2019, rénovation des bâtiments en 2020–2021 et ouverture de l’exposition interactive Asphalt Story en 2022. Ce patrimoine industriel est devenu un lieu de découverte de la géologie, des métiers et de la mémoire ouvrière.
Visiter les mines de La Presta aujourd’hui
À Travers, le parcours souterrain s’effectue avec un guide. Le site annonce environ une heure et demie pour une visite classique, dont une partie dans les galeries ; la température y reste proche de 8 °C toute l’année. Il faut prévoir des vêtements chauds et de bonnes chaussures.
Le musée, Asphalt Story, le Jardin des Mineurs et le Café des Mines permettent de prolonger la visite. Pour les dates, les conditions d’accessibilité, les tarifs et les réservations, consultez directement le site officiel des Mines d’asphalte : ces informations peuvent changer selon la saison.
Poursuivre la découverte
Sources et références
Sources consultées en octobre 2026. Les indications de visite doivent être confirmées directement auprès des établissements concernés.
- Dictionnaire historique de la Suisse — « Asphalte » ↗
- Mines d’asphalte — histoire et développement ↗
- Mines d’asphalte — préparer une visite ↗
- Mines d’asphalte — histoire du jambon ↗
- Suisse Tourisme — Mines d’asphalte ↗
Une publication originale d’info-vdt.ch · Guide indépendant, sans publicité ni classement commercial associé.