Les Verrières · Hiver 1871 · Mémoire humanitaire

Les Bourbaki.
Un hiver de solidarité.

Février 1871. Après des semaines de combats et de froid, des dizaines de milliers de soldats de l’armée française de l’Est cherchent refuge en Suisse. Aux Verrières, la frontière devient un lieu d’accueil et de secours.

Fresque commémorative des Bourbaki aux Verrières.
Fresque commémorative des Bourbaki aux Verrières.Crédit : Wilrooij · CC BY-SA 4.0 · image d’origine

On se souvient de « l’armée Bourbaki ». Mais derrière ce nom, il y a avant tout des hommes affamés, épuisés, malades ou blessés, et des populations suisses qui doivent les accueillir en pleine guerre européenne.

1er février 1871Convention d’internement signée avec les autorités suisses
≈ 87 000soldats français accueillis en Suisse en quelques jours, par plusieurs passages frontaliers

Ces quelque 87 000 soldats ne sont pas tous passés par Les Verrières. Source : Bourbaki Panorama, Lucerne ↗.

Document historique : convention d’internement, 1er février 1871.
Document historique : convention d’internement, 1er février 1871.Crédit : Switzerland and France · Public domain · image d’origine

Le récit

La guerre de 1870–1871

Une armée
à bout de forces.

La guerre franco-allemande de 1870–1871 bouleverse l’Europe. Après la défaite française de Sedan, la chute du Second Empire et la proclamation de la République, les combats se poursuivent. L’armée de l’Est, commandée d’abord par le général Charles-Denis Bourbaki, tente de dégager Belfort.

La campagne échoue. Harcelés par les forces allemandes, les soldats battent en retraite dans le Jura, dans des conditions hivernales extrêmes. Affamés, blessés, parfois sans équipement suffisant, ils se retrouvent acculés à la frontière suisse. Bourbaki, qui a quitté le commandement après une tentative de suicide, a laissé son nom à cette armée ; le général Justin Clinchant conduit la retraite et négocie l’internement.

1er–3 février 1871

La frontière
s’ouvre.

Le 1er février, une convention entre les commandements français et suisse organise le passage et le désarmement de l’armée. Le général suisse Hans Herzog conduit les mesures militaires destinées à préserver la neutralité helvétique et à accueillir les soldats.

Les colonnes franchissent la frontière en plusieurs points du Jura. Les Verrières sont l’un des lieux emblématiques de cet épisode ; d’autres passages se trouvent ailleurs le long de la frontière suisse. En trois jours, environ 87 000 soldats sont internés dans le pays, un effort considérable pour la Suisse de l’époque.

Cette situation est à la fois une opération de neutralité militaire et une intervention humanitaire. Les soldats doivent remettre leurs armes avant d’être conduits vers des lieux d’hébergement répartis dans la Confédération.

Des habitants face à l’urgence

Des soins,
des gestes de compassion.

Le passage de tant d’hommes provoque une mobilisation des militaires suisses, de la Croix-Rouge naissante et des populations civiles. On procure des vivres, des vêtements, des couvertures et des soins. Des blessés ou malades nécessitent une prise en charge médicale ; certains ne survivront pas.

Les secours apportés dans les villages ne doivent pas masquer l’ampleur de la souffrance. Il s’agit d’une crise humaine, avec des visages, des noms et des familles, plutôt que d’une simple démonstration de capacité logistique.

Pour le Val-de-Travers, l’événement est particulièrement marquant : un village frontalier se retrouve, en quelques heures, au centre d’un épisode européen de grande ampleur.

Le parcours mémoriel des Bourbaki aux Verrières.
Le parcours mémoriel des Bourbaki aux Verrières.Crédit : Wilrooij · CC BY-SA 4.0 · image d’origine

De 1871 à aujourd’hui

Le souvenir
au-delà des frontières.

Le peintre Édouard Castres assiste lui-même aux événements. Son monumental Panorama Bourbaki, aujourd’hui conservé à Lucerne, représente le passage de l’armée et les secours aux Verrières. Il constitue une œuvre de mémoire essentielle, même si une représentation peinte demeure une interprétation artistique et ne remplace pas les archives.

Aux Verrières, dans le secteur de Meudon, des monuments entretiennent le souvenir des soldats français. Un tilleul de la paix y a été planté en 2013, à proximité des inscriptions commémoratives. Cet ensemble rappelle les liens qui se sont tissés de part et d’autre de la frontière.

Le souvenir des « Bourbaki » fait partie de l’histoire locale, mais aussi d’un récit plus large sur le droit humanitaire, la neutralité et l’accueil des personnes fuyant la guerre.

Pour poursuivre la découverte

Sur les lieux
de la mémoire.

À Les Verrières, un parcours à pied peut conduire vers les lieux de mémoire de Meudon. Il importe de respecter les sites commémoratifs et les espaces privés. La commune et les associations locales sont les meilleurs interlocuteurs pour connaître les éventuelles visites guidées ou manifestations.

À Lucerne, le Panorama Bourbaki et son musée donnent à voir une représentation immersive de l'événement et replacent les images dans leur contexte historique.

Enfin, on peut prolonger ce chapitre par les archives du canton, les histoires de famille et les travaux scientifiques sur l’internement de 1871.

Un patrimoine à respecter

Se souvenir,
sans glorifier la guerre.

L’intérêt de l’épisode ne tient pas à la victoire de l’un ou de l’autre camp. Il réside dans l’accueil de personnes vulnérables et dans les choix humains, civils et politiques faits au cœur d’une crise.

Les sources pour approfondir

Dossier historique, octobre 2026. La convention du 1er février et l’estimation de 87 000 soldats concernent l’ensemble du passage en Suisse, et non uniquement Les Verrières.