Couvet · Fleurier · XVIIIe–XXe siècles
Quand les usines faisaient battre le Vallon.
Dubied, les ateliers de Fleurier et les anciennes distilleries : une histoire de métiers, de femmes et d’hommes, de transformations et de transmissions.

Un village conserve ses usines bien après la fin d'une entreprise : une cheminée, des fenêtres d'atelier, une photographie, les gestes de celles et ceux qui y ont travaillé. Au Val-de-Travers, l'industrie textile, les manufactures horlogères, les distilleries, le cycle et de nombreux métiers ont tour à tour soutenu l'économie. Ce récit distingue les établissements disparus des entreprises d'aujourd'hui et indique les sources historiques à consulter.
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Dubied : une usine devenue symbole de Couvet
En 1867, Henri-Édouard Dubied fonde à Couvet une entreprise de mécanique et de fabrication de machines à tricoter. L'achat des droits de fabrication d'une machine mise au point aux États-Unis ouvre une activité industrielle nouvelle dans la vallée. Aux machines rectilignes succèdent d'autres familles de machines et des fabrications mécaniques de précision.
La firme se développe au-delà de Couvet, avec des activités dans plusieurs localités neuchâteloises et à l'étranger. Le site, au bord de l'Areuse, se transforme au fil des extensions. Il reste l'un des paysages industriels les plus immédiatement reconnaissables de la région.

Des milliers d'emplois, des générations de savoir-faire
Au début des années 1970, le groupe Dubied approche 3 000 personnes selon la Société d'histoire et d'archéologie du canton de Neuchâtel ; ce total concerne ses différentes implantations et non le seul site de Couvet. Un article du Temps évoque, pour la fin des années 1960, quelque 1 200 emplois au Val-de-Travers au sein du groupe.
La valeur historique de l'entreprise ne se mesure pourtant pas seulement aux effectifs. Elle réside aussi dans l'apprentissage de métiers, les ajustages, la mécanique des machines à tricoter, les ateliers, les parcours des ouvriers et des ouvrières, ainsi que la vie sociale autour de la fabrique. Un film documentaire de 1929, conservé et présenté par Images du patrimoine, en restitue une partie.
1976–1988 : grève, crise et disparition
La contraction du marché des machines à tricoter dès les années 1970, dans un contexte de concurrence internationale accrue, fragilise le groupe. En août 1976, une grève importante éclate. La mobilisation des salariés et le soutien public donnent au conflit une portée qui dépasse Couvet.
En 1987, Dubied demande un sursis concordataire et cesse sa production de machines à tricoter. La dissolution de la société intervient en 1988. Il faut distinguer ces étapes : 1987 est la date du basculement industriel, 1988 celle de la disparition de la société. Le choc de la perte d'emplois marque durablement les habitants.
L'ancienne usine, entre mémoire et nouveaux usages
Il faut distinguer l'histoire des bâtiments et celle de l'entreprise. L'inventaire fédéral ISOS signale une fermeture du complexe industriel de Couvet en 1974, alors que le groupe continue son histoire jusqu'au dépôt de bilan de 1987. Il décrit notamment la première fabrique de 1876–1877, l'aile d'entrée réaménagée à partir de 1946 et une cheminée en brique du début du XXe siècle.
La disparition de Dubied n'a pas effacé le site. Plusieurs activités lui ont succédé dans une partie des bâtiments ; d'autres espaces ont connu des périodes difficiles de reconversion. Les anciens ateliers ne sont donc ni un musée intégralement conservé ni un lieu entièrement abandonné.
Des passionnés et des anciens salariés ont entrepris de restaurer des machines à tricoter historiques. L'association de la Maison de l'industrie et ses bénévoles travaillent à transmettre ces gestes ; une chronique locale de mai 2024 documente ce travail. L'avenir immobilier du site reste distinct de cette action patrimoniale et peut évoluer.
Fleurier : bien davantage que les montres
Si l'horlogerie domine l'histoire industrielle de Fleurier, le Dictionnaire historique de la Suisse rappelle l'ampleur de sa diversité : manufacture de gants de peau entre 1827 et 1839, tuilerie de 1840 à 1870, laboratoire de produits végétaux de 1858 à 1896, puis distilleries, imprimerie, fabrication d'allumettes et autres ateliers.
Une fabrique d'allumettes y fonctionne de 1890 à 1937 ; une manufacture de confection entre 1907 et 1954, et une manufacture de bonneterie entre 1931 et 1977. Ces dates décrivent des branches et établissements recensés par l'historien, sans permettre d'attribuer à chaque activité une raison sociale actuelle.

La bicyclette Allegro, une autre invention de Fleurier
Au début du XXe siècle, Fleurier accueille également une entreprise de construction de bicyclettes. C'est dans cette activité qu'apparaît, en 1914, la marque Allegro selon le Dictionnaire historique de la Suisse.
Cette histoire rappelle que les savoir-faire mécaniques ne se limitaient pas à la montre. Les ateliers faisaient circuler compétences, outils et méthodes entre horlogerie, cycles, outillage et d'autres productions industrielles.
Couvet et ses distilleries : l'essor, puis l'interdiction
En 1797, Daniel-Henri Dubied, Marcelin Dubied et Henri-Louis Pernod mettent sur pied à Couvet une activité organisée de distillation et de diffusion de l'absinthe. D'autres distilleries se développent ensuite dans la vallée et de l'autre côté de la frontière.
La prohibition suisse, entrée en vigueur en 1910, bouleverse le secteur et les familles qui en vivaient. La production d'absinthe connaît cependant une histoire plus complexe que la seule disparition de distilleries : d'autres formes d'activité et de transmission subsistent, puis la légalisation rend possible un nouvel essor. Ce récit complète le dossier déjà consacré à l'absinthe sur info-vdt.ch.

Ce que racontent les bâtiments et les archives
La mémoire industrielle passe par les archives de la commune, les inventaires du patrimoine bâti, les témoignages et les collections photographiques. Un film de fabrique peut révéler l'organisation du travail ; une vue aérienne, la place d'un site dans le village ; une histoire ouvrière, les conséquences des crises sur les familles.
Les périodes de fermeture et les emplois doivent être datés, les différences entre entreprise, groupe et établissement clarifiées. Les photographies anciennes ne seront reprises sur ce site qu'après vérification de leurs droits ; les liens vers les institutions qui les conservent restent accessibles à tous.
Poursuivre sans se perdre
Repères du territoire aujourd'hui
Fiches pratiques publiées en lien avec le sujet. Les entreprises actuelles ne sont pas presentees comme la continuation des établissements historiques.
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Sources et références
Sources consultées en octobre 2026. Les indications de visite doivent être confirmées directement auprès des établissements concernés.
- DHS — Couvet : panorama des industries anciennes ↗
- DHS — Les Dubied, du commerce de dentelles à l'industrie ↗
- ISOS — Inventaire architectural et industriel de Couvet ↗
- DHS — Fleurier : manufactures et métiers ↗
- DHS — Val-de-Travers : crises et reconversions ↗
- DHS — Absinthe : développement et prohibition ↗
- Société d'histoire et d'archéologie NE — Film Dubied de 1929 ↗
- Société d'histoire et d'archéologie NE — Grève de 1976 ↗
- Le Temps — Les usines Dubied dix ans après leur fermeture (1999) ↗
- Courrier Hebdo — Les passionnés des machines Dubied (2024) ↗
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